Âge, alimentation surpoids et alcool : lorsqu’on parle de cancer colorectal, ces mots-clés reviennent souvent. Si l’alimentation est régulièrement pointée du doigt, est-elle pour autant l’unique responsable ? La réalité est parfois bien plus complexe que ce que l’on pense 🧬

Le cancer colorectal, on en parle ?

C’est le deuxième cancer le plus fréquent chez les femmes et le troisième chez les hommes. En 2023, près de 47 500 nouveaux cas ont été recensés.

💡 50% des cancers colorectaux pourraient être évités.

Mais au fait, “colorectal”, ça veut dire quoi exactement ?

Quels sont les organes associés au cancer colorectal > Le colon et le rectum
Infographie du Centre Léon Bérard

Le cancer colorectal concerne deux organes : le côlon et le rectum

Ensemble, ils forment ce qu’on appelle le gros intestin. Oui, cette fameuse partie de notre système digestif dont on parle peu… mais qui travaille dur tous les jours pour nous. Pour bien comprendre, imaginez votre système digestif comme une petite équipe bien organisée.

L’estomac commence le travail en “déconstruisant ” les aliments. L’intestin grêle prend le relais et distribue les nutriments dans le sang, un peu comme un service de livraison express pour nous donner notre énergie quotidienne. Puis arrive le côlon. Lui, c’est le grand nettoyeur. Il récupère ce qui n’a pas été digéré, compacte les déchets et les envoie au rectum, qui joue le rôle de salle d’attente avant l’évacuation. Glamour ? Pas vraiment. Essentiel ? Totalement.

En raison du rôle que joue le colon et le rectum dans le système digestif, beaucoup de personnes pensent que le cancer colorectal est exclusivement lié à l’alimentation. On entend régulièrement que “tout vient de ce qu’on mange” et que l’alimentation serait l’unique responsable.

Les liens entre alimentation et cancer colorectal : mythe ou réalité ?

Et bien tout est une question de nuance.

Certains comportements alimentaires augmentent le risque de cancer colorectal, et ça on ne peut pas le nier. Une consommation excessive de viande rouge et de charcuterie est clairement pointée du doigt, notamment à cause des additifs nitrités utilisés pour leur conservation. Ces nitrites sont d’ailleurs classés comme cancérogènes avérés (groupe 1 du CIRC). Au total, c’est près de 8 840 cas associés à ce facteur de risque.

Quelques chiffres sur la consommation de viande en France : Un quart de la population consomme au moins 500 grammes de viande par semaine et plus d'un quart de la population au moins 50 grammes de charcuterie par jour. Selon les recommandations de Santé Publique France : - privilégier la viande blanche (volaille) - limiter la viande rouge à 500g (maximum) par semaine : La viande rouge comprend : le porc, le veau, le bœuf, les abats, l'agneau et le mouton. Pour information, un steak pèse entre 100 et 150 grammes. Il faudrait donc consommer entre 3 à 4 steaks par semaines, maximum. - Limiter la charcuterie à 150g par semaine. > qui représente 3 tranches de jambon blanc.
Infographie du Centre Léon Bérard

Et les produits ultra-transformés dans tout ça ? Des chercheurs du Mass General Brigham ont observé qu’une forte consommation d’aliments ultra-transformés était associée à une augmentation d’environ 45 % le risque de développer des adénomes (lésions précancéreuses susceptibles d’évoluer vers un cancer)

Qu’est-ce que l’ultra transformé ?

Un aliment ultra-transformé est un produit qui a subi de nombreuses transformations physiques, chimiques ou biologiques à travers des procédés industriels. Il contient généralement des additifs (colorants, conservateurs, arômes, exhausteurs de goût, etc.) destinés à modifier sa texture, sa saveur ou sa durée de conservation. En clair, le produit transformé ne ressemble plus du tout au produit d’origine, alors, plutôt nuggets industriels ou poulet ?

 

Comment reconnaître un produit ultra-transformé ?

Si la liste d’ingrédients comporte plus de 5 ingrédients et de l’eau, et qu’elle vous semble incompréhensible, même avec de solides talents en résolution d’énigmes ou en escape game, il est fort probable que vous ayez affaire à un produit ultra-transformé !

Alimentation et au-delà de l’assiette : des facteurs de risque « modéré » dans le développement du cancer colorectal

L’alimentation, à elle seule, n’explique pas tout. Ce n’est pas parce que l’on mange une fois un hot-dog à la cafétéria que tout est fichu. Mais sur le long terme, certains choix peuvent clairement influencer le risque de développer un cancer colorectal.

Par exemple, consommer souvent de la charcuterie (saucisson, bacon, jambon cru…) et beaucoup de viande rouge augmente le risque. À l’inverse, une alimentation équilibrée, riche en fibres, en fruits et en légumes, aide à protéger le côlon.

L’alimentation, oui, mais pas que ! 

Toutefois, il n’y a pas que ce qu’il y a dans l’assiette qui compte. L’alcool joue aussi un rôle important dans le développement du cancer colorectal (environ 6 600 cas par an). Le surpoids et l’obésité sont également des facteurs de risque majeurs (plus de 4 400 cas par an). Si on ajoute également à cela, la sédentarité, passer ses journées assis sans bouger, augmente le risque de cancer, en particulier celui du côlon (près de 900 cas par an).

Hors nutrition, on retrouve le grand champion des facteurs de risque : le tabac. Il est impliqué dans plus de 2 600 cas par an, notamment au niveau du côlon. Bref, que ce soit pour les poumons, l’intestin, ou encore les 15 autres localisations de cancer lui étant associé, le tabac n’est jamais une bonne idée.

La bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit de facteurs de risque modifiables, c’est-à-dire qu’en agissant dessus, en adoptant notamment des comportements bons pour notre santé, nous pouvons réduire le risque.

Antécédents et maladies inflammatoires chroniques de l’intestin : des facteurs de risque « élevé »

En France, environ 200 000 personnes sont concernées par une MICI.

🗣️ : « Mais c’est quoi au juste ? »

Individu se tenant le ventre, bras croisés, assis sur un lit. 
Signification : un mal de ventre Maladie de Crohn ou encore colite ulcéreuse, ces maladies sont catégorisées de Maladie Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI) et pour cause, elles provoquent une inflammation durable de l’intestin due à une dérégulation du système immunitaire intestinal. Lorsque l’intestin est enflammé pendant des années, les cellules sont plus fragilisées.

Alors, est-ce que le risque de cancer colorectal est plus élevé chez les individus ayant une MICI ? La réponse est oui.

Mais ce n’est pas tout. Les antécédents personnels comptent aussi. Si une personne a déjà eu des adénomes (des sortes de petites “bosses” bénignes dans le côlon mais susceptibles d’évoluer vers un cancer) ou un cancer colorectal, son risque d’en développer un autre est plus élevé que la moyenne. C’est pour ça que le suivi médical est super important dans ces cas-là.

Ça ne veut pas dire que la maladie est “écrite d’avance”. Mais ça signifie qu’il faut être plus vigilant, faire les dépistages recommandés et en parler à un professionnel de santé.

 

Quand les cancers colorectaux deviennent aussi une histoire de famille

Dans 15 % des cas, le cancer colorectal apparaît sur un terrain familial prédisposé.

Qu’est-ce qu’un terrain familial prédisposé ?

Un terrain familial prédisposé signifie qu’une personne a davantage de risque de développer un problème de santé parce qu’il existe déjà des cas similaires dans sa famille. Et dans ce cas-là, on se retrouve sur un risque très élevé lié à l’apparition de cancer.

Dans le cadre du cancer colorectal, on distingue plusieurs terrains génétiquement prédisposés dont 2 principaux : 

Le syndrome de Lynch

Il s’agit de la première cause de cancer colorectal d’origine héréditaire avec 5% de cas attribués.

La polypose adénomateuse familiale

Elle représente 1% des cas de cancers colorectaux.

 

FOCUS sur le syndrome de Lynch :

1 personne sur 279 est porteuse du Syndrome de Lynch… et la majorité l’ignore.

Illustration de l'ADN

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le syndrome de Lynch n’est pas une maladie. C’est une prédisposition génétique c’est-à-dire une particularité dans notre ADN qui augmente le risque de développer certains cancers au cours de la vie. Le Syndrome de Lynch repose sur une mutation possible de l’un des 5 gènes « MMR ».

Ces gènes fabriquent normalement des protéines chargées de corriger les erreurs qui apparaissent quand nos cellules copient leur ADN.

« En fonction du gène impacté, le risque de développement de cancer colorectal peut varier. On va surveiller les personnes en fonction du gène muté et ça ne va pas être les mêmes surveillances, puisque ce n’est pas le même niveau de risque. Et au plus fort (en fonction des études), c’est de l’ordre de 40 à 50% de risque, à l’échelle de la vie de développer un cancer colorectal ».

Dr Pauline Rochefort

Médecin en oncologie médicale

En comparaison, un individu tout venant (sans prédisposition génétique) aura un risque d’environ 8%. 

Le Syndrome de Lynch est un terrain à risque très élevé mais qui est aussi très discret. Contrairement à la polypose adénomateuse familiale où des centaines de polypes (petites excroissances bénignes dans le côlon) apparaissent très tôt et de façon visible, le syndrome de Lynch ne se caractérise pas par « une forêt de polypes », il peut arriver qu’il n’y ait qu’un seul polype, par exemple. Cette caractéristique rend son diagnostic d’autant plus compliqué.

En bref, le syndrome de Lynch, c’est un peu comme la cape d’invisibilité de Harry Potter. On ne le voit pas à l’œil nu, il ne donne pas forcément de signes évidents… mais il peut être bel et bien présent.

Porteur du Syndrome de Lynch : comment le savoir ?

Il existe deux portes d’entrée principales pour le savoir :

En cas de cancer colorectal :

Depuis 2021, toute personne qui a un cancer du côlon ou du rectum doit avoir une analyse dans ses cellules tumorales (= cancéreuses) qui va rechercher des signes indirects suspectant un syndrome de Lynch.

On observe principalement deux techniques dans la recherche du Syndrome de Lynch :

Photo d'un chercheur qui regarde à travers un microscope. L’analyse immunohistochimique (recherche de l’expression des protéines MMR)

Le test biologique moléculaire à la recherche d’une instabilité micro satellitaire 

L’une de ces deux techniques doit être obligatoirement réalisée pour tout cancer colorectal. Toutefois, si un résultat positif ressort quelque que soit la technique employée, cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’un syndrome de Lynch mais qu’il est nécessaire d’aller le vérifier de manière plus approfondie.

L’enquête familiale

Photo d'une famille : 
Un grand père, à gauche, tenant dans ses bras son petit-enfant
Une grand mère, à droite, tenant dans ses bras son petit-enfant

On regarde souvent s’il y a eu des cas de cancer colorectaux dans la famille, ou d’autres cancers particuliers. Cela peut donner des indices sur un éventuel risque héréditaire.

Aujourd’hui, cette information reste importante, mais elle est un peu moins déterminante qu’avant. Même si une personne est la seule de sa famille à avoir développé un cancer colorectal, cela n’exclut pas une cause génétique. Si une anomalie (instabilité microsatellitaire) est détectée dans les cellules cancéreuses, un test génétique sera proposé  pour comprendre son origine.

Œil d’expert : la Dr Pauline Rochefort répond à nos questions 

Le Syndrome de Lynch est-il uniquement associé au développement du cancer colorectal, ou agit-il sur le développement d’autres cancers ? 

« Nous savons que le syndrome de Lynch est associé avec des risques augmentés non seulement de cancer colorectal mais aussi d’autres types de cancer, notamment de l’endomètre (intérieur de l’utérus). Ce sont les deux principaux risques de cancers, mais il y a aussi des risques augmentés au niveau de l'estomac, de l'intestin grêle, des voies urinaires et les ovaires. »

Dr Pauline Rochefort

Médecin en oncologie médicale

Les formes génétiques sont-elles plus agressives que les autres ? 

« Non. Plutôt légèrement moins en ce qui concerne le syndrome de Lynch avec donc un meilleur pronostic. Cela rend la tumeur sensible à l’immunothérapie, traitement généralement moins lourd que la chimiothérapie, avec des très bons taux de réponses. L’immunothérapie peut être prescrite dans le cadre du Syndrome de Lynch pour certain type de tumeurs, selon le stade : dans les stades localisés, ce n’est pas encore le cas (en dehors d’ essai clinique). C’est par contre possible, pour les cancers du colon et de l’endomètre en stades avancés (tumeur métastatique, (=qui se propage)). Cela rend la tumeur sensible à l’immunothérapie avec des très bons taux de réponses. Donc, c’est plutôt moins agressif et avec des possibilités de traitements moins lourds, et qui peuvent avoir un bon contrôle sur le traitement. »

Dr Pauline Rochefort

Médecin en oncologie médicale

En bref,

Le cancer colorectal ne dépend pas uniquement de l’alimentation. Si une consommation excessive de viande rouge ou de charcuterie (viande transformée) augmente le risque, d’autres facteurs entrent en jeu : âge, surpoids et obésité et tabac.

Par ailleurs, les antécédents personnels ou familiaux, ainsi que certaines prédispositions génétiques comme le syndrome de Lynch, exposent à un risque plus élevé. Dans ces situations, le suivi ne relève plus du dépistage organisé de 50 ans jusqu’à 74 ans, mais d’un dépistage individualisé et renforcé auprès d’un gastro-entérologue et/ou d’un onco-généticien.

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Publié le 03 mars