Plante à l’origine, poison à l’arrivée. Longtemps banalisé et parfois même valorisé, le tabac reste aujourd’hui la première cause évitable de cancer. Cigarette, cigare, chicha ou tabac chauffé, il se décline sous toutes les formes, avec un point commun peu réjouissant : il cause de sérieux dégâts tant pour son consommateur que pour celui qui l’inhale par inadvertance.
La toxicité du tabac, qu’est-ce que c’est ?
Bien qu’il s’agisse d’une plante naturelle (Nicotiana tabacum), elle n’est pas sans danger. Le tabac contient notamment de la nicotine. C’est LA star de la plante, la plus connue de toutes. Pour cause : elle est ultra addictive et rend dépendant. Toutefois, la nicotine en elle-même n’est pas cancérogène.
Alors pourquoi dit-on que le tabac est associé aux cancers ? Quand le tabac brûle, il ne libère pas 100, ni 200, ni même 300 substances chimiques… mais environ 4 000 dont au moins 70 sont classées commecancérogènes par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) telles que le goudron, l’arsenic, le chrome… À chaque bouffée, c’est un petit cocktail de substances chimiques qui entre en scène.
Le tabac : champion toutes catégories du risque de cancer
Lorsque l’on parle des facteurs de risque, le tabac écrase la concurrence !
Petite mise en contexte avant de pointer du doigt notre champion toutes catégories : en France, environ 40 % des cancers sont évitables. Presque un cancer sur deux pourrait ne jamais voir le jour si certains facteurs de risque étaient réduits ou éliminés. Et parmi eux… un se détache très nettement du peloton.
Focus sur le grand gagnant (ou plutôt le grand perdant) : le tabac.
À lui seul, il est responsable de 19,8 % des cancers. Autrement dit, environ un cancer sur cinq est directement lié à la consommation de tabac. Pas mal pour un produit longtemps vendu comme relaxant, chic, voire carrément thérapeutique… Et la science n’a clairement pas validé le concept.
🏅 Résultat des courses ?
Le tabac décroche la médaille d’or du premier facteur de risque de cancer et sans contestation possible. Il est impliqué dans 17 localisations différentes de cancers. Oui, 17. Le CIRC ne laisse d’ailleurs aucun doute : le tabagisme est classé cancérogène certain (Groupe 1).
À ce stade, ce n’est plus un invité gênant, c’est un squatteur professionnel de l’organisme.
ZOOM sur les localisations en tête de classement
Si beaucoup de personnes pensent que le cancer du poumon est la seule localisation mise en cause par le tabac, c’est parce qu’en réalité, il en est quasiment la principale cause. A lui seul, il est responsable de 90% des cancers du poumon.
Nous retrouvons une partie des voies aérodigestives : la bouche, la langue, le pharynx, le larynx, en bref tout ce petit monde. Lors de l’inhalation de la fumée de tabac, les zones en contact direct et répété avec cette fumée favorise les lésions cellulaires et les mutations à l’origine de cancers.
Enfin, nous retrouvons aussi la vessie dans la localisation des cancers les plus récurrents, surprenant, non ? Pourquoi nous diriez-vous ? Tout simplement car les substances toxiques sont filtrées et concentrées dans l’urine, qui se trouve… dans la vessie !
Nombre estimé de nouveaux cas de cancer attribuables au tabagisme chez la population de 30 ans et plus, en France, en 2015 :
Cancer du poumonCancer de la vessie Cancer de l'urètre Cancer du reinCancer du pancréas Cancer du foieCancer de l'ovaireCancer de l'estomacCancer du col de l'utérus Cancer du larynxCancer de l'œsophage Cancer de la moelle osseuse Cancer du sinus paranasal cancer de la cavité buccale et du pharynx (gorge) cancer du colon et du rectum
S’il existait une coupe du monde des facteurs de risque de cancer, le tabac serait champion du monde… tous sports confondus.
Une victoire dont on se passerait bien !
Comment limiter notre exposition au tabac ?
On a tous déjà vécu cette scène : nous attendons le bus, l’air est frais, la vie est belle… et là, un nuage de fumée s’invite sans prévenir. Pas demandé, pas consenti, mais bel et bien inhalé. Bienvenue dans le monde merveilleux du tabagisme passif.
Au-delà de l’odeur qui peut irriter certains et de la gêne occasionnée, le tabagisme passif fait bien plus que chatouiller nos petites narines. Il aggrave des maladies existantes, en crée de nouvelles et peut être responsable du développement de certains cancers. Même si les risques sont moins élevés que chez le fumeur actif, ils restent bien réels. En France, environ 3 000 non-fumeurs meurent prématurément chaque année à cause de maladies liées au tabagisme passif (Santé publique France).
Vers la « fin » d’un nuage toxique : les lieux sans tabac ?
Il fut un temps (pas si lointain) où fumer dans un restaurant, un bureau ou même un train ne choquait personne. Depuis le 1er février 2007, la loi interdit de fumer dans tous les lieux collectifs fermés et couverts accueillant du public : transports, écoles, bureaux, restaurants… Résultat : la cigarette a été gentiment invitée à prendre l’air. Ces dernières années, les zones « sans tabac » ont poussé davantage leurs frontières, y compris en extérieur. Aux abords des écoles, parcs, plages, terrasses : la fumée recule, surtout là où se trouvent les plus jeunes. L’idée ? Moins de tabagisme passif, moins de mégots par terre, et un air un peu plus respirable pour tout le monde.
Lieux sans tabac, l’exemple de l’« hôpital sans tabac »
Voir un nuage de fumée de tabac à l’entrée d’un hôpital, c’est un peu comme vendre des bonbons devant un cabinet dentaire : c’est pour le moins déroutant… C’est pourquoi de plus en plus d’hôpitaux mettent en place des mesures pour devenir des « lieux de santé sans tabac (LSST) » . Ce dispositif porté par le RESPADD (Réseau de prévention des addictions) engage les établissements à aller plus loin que la simple interdiction légale. Un système de certification, du niveau « non certifié » jusqu’au niveau « or », vient récompenser les établissements les plus investis.
Quelles peuvent être les mesures prises par les établissements de santé ?
La première chose à laquelle nous pouvons penser, c’est la délimitation de zones accessibles au public, clairement identifiées comme « non-fumeur », mais pas seulement ! Les mesures peuvent être nombreuses et variées : elles vont de la documentation visible et accessible sur la politique anti-tabac et les réglementations en vigueur jusqu’à l’organisation de dispositifs de soutien à l’arrêt du tabac, tels que des consultations avec un addictologue, aussi bien pour les patients que pour les salariés.
Dispositifs et mesures au Centre Léon Bérard
En s’inscrivant dans les recommandations du RESPADD, les établissements de santé jouent un rôle clé dans la prévention et l’accompagnement à l’arrêt du tabac. A ce titre, le Centre Léon Bérard (CLB) s’investit pleinement dans la lutte contre les addictions, dont le tabagisme, en s’appuyant sur une approche globale de la santé et des actions de promotion à destination des patients, de leurs proches et des professionnels de santé. Le CLB a adhéré en 2016 à la Charte du RESPADD « Lieu de Santé sans Tabac (LSST) » et a obtenu en 2023 a certification « niveau Argent ».
L’hôpital est totalement non-fumeur, y compris dans tous les espaces extérieurs.
Le CLB a développé depuis 2007 une consultation de tabacologie individuelle permettant notamment d’évaluer sa dépendance au tabac. Après cette première consultation, un suivi personnalisé est proposé à l’ensemble des patients qui souhaiteraient s’engager dans une démarche d’arrêt du tabac, et ce jusqu’à un an après l’arrêt total du tabac.
Dans le cadre de l’hospitalisation des patients, des consultations sont assurées par l’équipe de Liaisons et de Soins en Addictologie (ELSA), composé d’un médecin et coordonnateur de l’équipe , de deux infirmières addictologues, d’une assistante médicale et d’une diététicienne. Si cet accompagnement se fait en amont, il se fait également pendant et après le parcours de soin.
D’autres dispositifs sont également mis en place comme un circuit de prise en charge rapide (CRT). Ce circuit permet d’accompagner les patients hospitalisés avant un acte chirurgical pour permettre à l’intervention de se dérouler dans les meilleures conditions et éviter les complications.
Dans l’ensemble de ces dispositifs, un traitement de substituts nicotiniques adaptés à tous est proposé.
Ces dispositifs s’adressent aux patients et également aux salariés de l’établissement de santé et sont complétés par des actions de sensibilisation à l’arrêt du tabac tout au long de l’année, notamment à l’occasion du Mois sans Tabac, organisées le Département Prévention Santé Publique du CLB et le Comité Lieu de Santé Sans Tabac.
Par ailleurs, l’ensemble du personnel soignant et non soignant en contact avec les patients peuvent bénéficier de formations en tabacologie, pour pouvoir accompagner au mieux les patients.
Les hôpitaux ne sont pas les seuls à adopter une pratique sans tabac !
Le 31 mai 2018, le campus de Rennes de l’EHESP (l’école des hautes études en santé publique) devient le premier campus sans tabac.
Mais qu’est-ce que ça signifie un campus sans tabac ? Un campus sans tabac s’inscrit dans la même logique que celle des lieux de santé sans tabac (LSST). L’objectif est encore une fois d’aller plus loin que la simple interdiction légale en inscrivant les établissements dans une démarche de dénormalisation. En bref, changer l’image du tabac dans la société. Bien vu Sherlock, mais encore ?
Cette initiative permet d’offrir un environnement de travail plus sain, plus propre et respectueux de l’environnement mais aussi de protéger les étudiants à l’initiation au tabagisme. Pour les étudiants fumeurs, le campus les encourage à arrêter ou à réduire leur consommation de tabac. Cet encouragement est facilité par divers dispositifs mis en place comme par exemple le recours à des aides à l’arrêt, facilement accessible sur le campus.
Est-ce efficace ? Entre 2018 et 2025, une étude transversale a été menée auprès de plus de 2 500 avec un taux de réponse de 57%. Le soutien de l’initiative est sans appel : 96.7% des étudiants, dont 91.4% des étudiants fumeurs, sont favorables au dispositif.
Pour encourager les autres campus universitaires à faire de même, l’EHESP met à disposition un site d’aide au déploiement.
Sevrage tabagique, et si c’était le bon moment pour arrêter ?
La plupart des fumeurs commencent “pour essayer”, puis le tabac s’installe doucement dans le quotidien. Une pause, un café, un moment de stress… et hop, la cigarette devient automatique. On parle alors de tabagisme actif, avec ses conséquences bien connues sur la santé : exposition aux substance nocives, aggravation de certaines pathologies et même développement de nouvelles, apparition de cancers.
Le sevrage, plus facile à dire qu’à faire ?
« Je sais que fumer, ce n’est pas bon pour moi… mais arrêter tout de suite, je n’y arrive pas. »
Eric, 47 ans
Si cette phrase vous parle, rassurez-vous : vous êtes loin d’être un cas isolé.
Des centaines de fumeurs la pensent et la disent chaque jour. Arrêter de fumer n’est pas juste une question de “volonté”. Contrairement à ce qu’on entend souvent, ce n’est ni instantané, ni magique.
Arrêter ça prend parfois du temps et ça ne se fait pas toujours du premier essai. La bonne nouvelle, c’est que le corps ne perd pas de temps : dès les premières minutes sans tabac, il commence déjà à vous dire merci. Plus le temps passe, plus les bénéfices s’accumulent. En bref, chaque pause sans cigarette compte. Même la toute première.
Infographie du Centre Léon Bérard
💡L’une des choses à retenir, c’est qu’il n’est JAMAIS trop tard pour arrêter de fumer !
Il existe aujourd’hui de nombreux outils efficaces pour aider à arrêter de fumer et ce, sur plusieurs niveaux.
Les campagnes de sensibilisation telles que #MoisSansTabac.
Chaque année, au mois de novembre, Santé publique France lance sa campagne nationale Mois Sans Tabac. L’objectif est clair : proposer aux fumeurs de relever le défi d’un arrêt du tabac pendant 30 jours. Une étape importante, car après un mois sans tabac, les chances d’arrêter durablement augmentent fortement.
Pour accompagner chacun dans sa démarche, plusieurs outils gratuits sont proposés : kits d’aide à l’arrêt, accompagnement via Tabac Info Service, applications, lignes téléphoniques et conseils personnalisés. Autant de coups de pouce pour ne pas avancer seul.
2. L’accompagnement par un professionnel de santé
Tous les fumeurs en sont conscients : arrêter de fumer seul c’est compliqué. Donc, pour maximiser ses chances de réussite, il est souvent préférable de se faire accompagner par un professionnel en addictologie, notamment par un(e) tabacologue dont la spécialité est le tabac. La consultation de tabacologie permet avant tout de faire le point sur sa consommation de tabac. Elle sert à évaluer le niveau de dépendance à la nicotine afin de définir une stratégie de sevrage adaptée à chaque situation et individu. A l’issue de cette consultation, un suivi individualisé est mis en place avec la possibilité d’ajuster, si besoin, le traitement de substitution nicotinique qui avait été proposé. Pour trouver un professionnel, vous pouvez consulter le site Tabac Info Serviceou contacter un conseiller au 3989.
Quels traitements pour accompagner le sevrage tabagique ?
La prescription et l’utilisation de substituts nicotiniques constituent une étape importante dans le processus d’arrêt du tabac. La difficulté de se libérer du tabac est principalement liée à la nicotine, responsable de la dépendance des fumeurs. Pour gérer le « manque » et faciliter le sevrage, il peut donc être nécessaire de recourir à ces substituts, qui se présentent de différentes manières :
Infographie du Centre Léon Bérard
A savoir: dans le cadre de votre sevrage tabagique, il est recommandé d’être accompagné par un professionnel de santé qui pourra vous aider à déterminer le dosage approprié et à choisir la forme la mieux adaptée à votre situation et à votre niveau de dépendance.
FAQ des idées reçues sur le tabac
Je ne peux pas utiliser de substitut nicotinique pendant ma grossesse
Non, il n'y a pas de contre-indication. L’utilisation des substituts nicotiniques est autorisée sous contrôle médical chez les femmes enceintes et les femmes qui allaitent.
Fumer la chicha est moins dangereux que la cigarette
Non, la chicha est un produit du tabac donc elle expose la personne aux mêmes effets néfastes du tabagisme. A savoir, une séance de chicha équivaut à fumer entre 20 et 30 cigarettes.
Il vaut mieux arrêter de fumer d’un coup que d’y aller progressivement
Les deux méthodes sont autant efficaces l’une que l’autre. La réduction progressive est cependant plus adaptée aux fumeurs qui ne sont pas encore décidés à arrêter complètement.
Le tabac cause uniquement le cancer
Le tabac ne cause pas seulement des cancers. Il est également responsable de nombreuses autres maladies, notamment cardiovasculaires, respiratoires et chroniques.
Fumer le cigare ou la pipe est moins dangereux que la cigarette
Non, tous les produits du tabac contiennent de la nicotine qui crée une dépendance. Le tabac de cigare ou la pipe contiennent eux aussi des substances cancérogènes (goudron, monoxyde de carbone…). A partir du moment où il y a une combustion du tabac, ce n’est pas sans danger, peu importe la manière dont il est fumé ou inhalé.
Arrêter de fumer fait toujours prendre du poids
Pas forcément, le tabac agit comme un « coupe faim », ainsi, certaines personnes, lorsqu’elles arrêtent, peuvent compenser le manque par le grignotage, mais ça c’est propre à chacun.
En bref :
Si le tabac a longtemps été banalisé, voire présenté comme quelque chose de « cool », il n’en reste pas moins un véritable ennemi pour la santé. Aujourd’hui encore, de nombreuses idées reçues et mésinformations persistent concernant ses effets et son impact réel sur l’organisme. Il est donc essentiel de sensibiliser les plus jeunes, d’autant plus que beaucoup commencent à fumer très tôt et développent plus facilement une dépendance que les adultes.
Point positif: La France compte aujourd’hui 4 millions de fumeurs quotidiens de moins qu’en 2014. Cette diminution liée à la consommation de tabac est plus marquée chez les jeunes adultes. La proportion de fumeurs quotidiens de 18 à 29 ans est passé de 29% à 18% entre 2021 et 2024 (Santé Publique France).
Le sevrage tabagique est possible et il n’est jamais trop tard pour arrêter, contrairement à ce que l’on entend souvent. Le tabac demeure le premier facteur de risque modifiable de cancer (19,8%) et est responsable de nombreuses maladies, touchant aussi bien les fumeurs que les personnes exposées au tabagisme passif.
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