« Le curcuma soigne le cancer », « boire de l’eau citronnée détoxifie l’organisme »… Vous avez sûrement déjà vu passer ce genre d’affirmations sur Internet, dans un article, un blog ou au détour d’une publication sur les réseaux sociaux. Difficile parfois de savoir quoi croire, tant les informations circulent vite et se mélangent. Pourtant, certaines fausses informations sont loin d’être sans conséquence. Lorsqu’elles concernent notre santé, elles peuvent influencer nos choix et parfois mettre en danger celle-ci. Alors, comment faire le tri ?  

Qu’est-ce qu’une fake-news ?  

Les fake news, ou fausses informations, ne sont pas un phénomène nouveau. Ce qui a changé, c’est la manière dont elles circulent. Avec l’essor d’Internet et des réseaux sociaux, une information peut aujourd’hui être produite, partagée et devenir virale en quelques minutes, sans forcément avoir été vérifiée au préalable. 

Une fausse information est-elle forcément une fake-news ?

Toutes les fausses informations ne se ressemblent pas. On parle notamment de désinformation lorsqu’une information fausse ou trompeuse est diffusée volontairement dans le but de manipuler ou d’induire en erreur. À l’inverse, la mésinformation désigne le partage d’une information erronée sans intention de nuire. Il existe également la malinformation, qui consiste à diffuser une information véridique mais utilisée dans le but de nuire, par exemple en la sortant de son contexte. 

Schéma représentant la désinformation, malinformation et mésinformation
Schéma issu du Centre de crise National de Belgique

Les fakes news, une véritable «infodémie»

Sur les plateformes numériques, nous sommes chaque jour confrontés à une quantité considérable de contenus. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) parle ainsi d’« infodémie » pour désigner cette surabondance d’informations, qui rend parfois difficile la distinction entre ce qui est fiable et ce qui ne l’est pas. Et parmi les sujets les plus concernés par ce phénomène, la santé occupe une place importante. 

La pandémie de Covid-19 en a été une illustration particulièrement marquante. Face aux incertitudes et aux nombreuses inquiétudes liées au virus, les fake news se sont multipliées sur Internet. Certaines ont été fabriquées à partir d’informations déjà existantes et transformées, tandis que 38 % d’entre elles auraient été entièrement inventées. 

La santé, un terrain privilégié aux fake news  

La diffusion d’ informations fausses ou trompeuses incitent certaines personnes à ignorer les recommandations des autorités sanitaires et à adopter des comportements dangereux pour leur santé. Au-delà des risques individuels, ce phénomène fragilise également la confiance envers les institutions publiques et peut avoir des répercussions notamment politiques et sociales sur la société.

Les conséquences des fausses informations ont été mis particulièrement en évidence lors de la crise COVID-19.  Selon une étude publiée dans The American Journal of Tropical Medicine and Hygiene, les rumeurs et informations erronées liées au coronavirus auraient contribué à environ 800 décès et entraîné plus de 5 800 hospitalisations à travers le monde. Parmi les cas recensés, de nombreuses personnes ont été hospitalisées après avoir consommé ou manipulé des produits dangereux tels que

 de l’eau de Javel. La consommation de ces produits fait écho au discours tenu par Donald Trump après qu’il ait vendu les mérites de la Javel comme « traitement anti-COVID19 ». Ces messages ont également été relayé sur la sphère des réseaux sociaux.

Un risque d’autant plus important : la prolifération sur les réseaux sociaux  

Les fake news ont été principalement identifiées sur les plateformes de réseaux sociaux (88 %), les autres sources étant moins impactées : 9 % à la télévision, 8 % dans la presse et 7 % sur les sites web.

Le cas de X (anciennement Twitter) documenté  :

Une étude a analysé les informations vraies, fausses ou mixtes (partiellement vraies ou fausses) circulant sur Twitter à partir de 126 000 cascades de rumeurs relayées par plus de 3 millions de personnes. Les résultats étaient que les fausses nouvelles circulaient plus rapidement et à plus grande échelle que les vraies : les cascades de vraies informations étaient rarement diffusées auprès de plus d’un millier de personnes, tandis que les cascades d’informations erronées (correspondant à 1 % de l’ensemble des retweets) étaient couramment relayées auprès de 1000 à 100 000 personnes. Le pourcentage de « retweets » des informations fausses était supérieur de 70 % à celui des vraies.

Une analyse complémentaire évaluant le rôle des algorithmes (bots) a montré que ces derniers participaient de manière équivalente à la propagation des vraies et fausses informations. Dans cette étude, la circulation des fausses nouvelles serait, avant tout, favorisée par l’attrait des utilisateurs pour la nouveauté et pour les informations à fort contenu émotionnel. 

 

 

 

Les bulles de filtres, l’isolement de l’information  

On pourrait penser qu’une information est fiable simplement parce qu’elle apparaît à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux, partagée par différentes personnes et présentée sous un angle similaire. Pourtant, voir la même information circuler dans son fil d’actualité n’est pas nécessairement une preuve de sa véracité. 

Ce phénomène s’explique notamment par l’existence des bulles de filtres. Selon la CNIL, il s’agit « d’un mécanisme algorithmique qui personnalise les contenus affichés en fonction des centres d’intérêt, des recherches, des interactions et des préférences de chaque utilisateur ». Les plateformes ont ainsi tendance à proposer des informations qui correspondent déjà à ce que l’utilisateur apprécie ou à ce avec quoi il interagit régulièrement. Ces bulles de filtres peuvent également renforcer le biais de confirmation, un mécanisme psychologique qui pousse les individus à privilégier les informations confirmant leurs idées préexistantes tout en accordant moins d’attention aux éléments qui les contredisent. À force d’être exposés principalement à des contenus similaires, les utilisateurs risquent de développer une vision partielle de la réalité.

Développer son esprit critique implique donc de sortir de ces bulles informationnelles en consultant des sources variées, en confrontant différents points de vue et en vérifiant les informations avant de les considérer comme vraies. 

Une solution aux fake-news : développer son esprit critique 

L’esprit critique désigne la capacité à ne pas prendre une information pour vraie sans avoir pris le temps de l’interroger.
Il ne s’agit pas de tout remettre en question systématiquement, mais de savoir prendre du recul, vérifier une source et confronter les informations avant de se faire une opinion.
 

Un réflexe d’autant plus important que les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans notre manière de nous informer. Selon une étude menée par Ipsos en 2022, 73 % des 16-30 ans utilisent quotidiennement un réseau social ou un média en ligne pour s’informer. Dans ce flot permanent de contenus, il devient parfois difficile de distinguer une information fiable d’une affirmation trompeuse. 

Face à cette réalité, développer son esprit critique peut permettre de mieux se protéger contre les fake news et pas besoin d’être un expert d’Internet pour y parvenir. Quelques réflexes simples peuvent déjà aider, ce que nous allons voir dès à présent !  

 

Le tableau des bonnes pratiques informationnelles : 

Critères d’évaluation Questions à se poser  Conseils / Bonnes pratiques 
La source  Qui diffuse l’information ? Vérifier l’auteur, l’organisme ou le média qui publie l’information. Est-il connu, reconnu et compétent sur le sujet ? Rechercher le nom de l’auteur, sa profession ou son expertise.
  D’où proviennent les informations ?  Vérifier si les informations reposent sur des sources identifiables et vérifiables. Les études, rapports ou données citées doivent pouvoir être consultés.
  Les sources sont-elles citées ? 

Une information fiable s’appuie généralement sur des références précises. Si aucune source n’est mentionnée, il convient de rester prudent.

  La publication est-elle récente ? 

Vérifier la date de publication ou de mise à jour. Certaines informations peuvent être obsolètes ou ne plus correspondre à la réalité actuelle.

Le contenu  Le titre est-il sensationnaliste ?  Les titres très accrocheurs ou alarmistes cherchent souvent à provoquer une réaction émotionnelle. Il est important de lire l’ensemble du contenu avant de se faire une opinion.
  Les propos sont-ils nuancés ?  Une information fiable présente généralement des explications, du contexte et parfois plusieurs points de vue. Les affirmations catégoriques ou simplistes doivent éveiller la vigilance.
  Peut-on retrouver la même information ailleurs ?  Comparer l’information avec d’autres médias, experts ou institutions permet de vérifier sa cohérence et de renforcer sa crédibilité.
  Le contenu fait-il l’objet d’une collaboration commerciale ?  Vérifier la présence de mentions telles que « contenu sponsorisé », « partenariat rémunéré » ou de codes promotionnels qui pourraient influencer le traitement de l’information.
  Les images sont-elles authentiques ?  Réaliser une recherche d’image inversée (Google Lens) afin de vérifier l’origine de l’image, sa date et son contexte d’utilisation.

 

Pour vérifier davantage, utilisez des outils spécialisés comme : 

  • Le Décodex, développé par Le Monde, qui permet d’évaluer la fiabilité de certains sites et d’acquérir des réflexes de vérification de l’information en ligne. 
  • Le Canal Detox, développé par l’Inserm, qui permet le décryptage contre les fausses informations en santé.

À retenir : une information ne doit jamais être considérée comme fiable uniquement parce qu’elle est largement partagée. Vérifier la source, croiser les informations et analyser le contenu de manière critique constituent les principaux réflexes pour lutter contre la désinformation. Sur les réseaux sociaux, une certification ou un nombre d’abonné important ne signifie pas qu’une source est fiable !  

Sources mobilisées :

Brennen, J. S., Simon, F. M., Howard, P. N., & Nielsen, R. K. (2020, 7 avril). Types, sources, and claims of COVID-19 misinformation. Reuters Institute for the Study of Journalism.  
CNIL, définition : bulle de filtre
Ipsos, étude « Le rapport des jeunes à l’information » (2022)

Publié le 04 septembre