Chocolat, eaux polluées, crustacés, et bien plus encore, il s’invite dans notre quotidien sans que l’on ne s’en aperçoive depuis les années 80. Depuis, il ne cesse de gagner du terrain sur notre environnement et notre santé avec ses conséquences bien à lui.

Le cadmium, un sujet d’actualité récent ?

La surexposition de la population française au cadmium a récemment fait l’objet d’une alerte en 2025 par des médecins libéraux. Peu de temps après, cette inquiétude a été réalimentée avec les produits cacaotés tel que le chocolat affichant une teneur élevée en cadmium, suscitant des craintes auprès des individus. Si le cadmium a été un véritable sujet d’actualité ces derniers mois, ce n’est cependant pas la première fois qu’il fait parler de lui. Dans les années 1980, son nom n’était pas inconnu de la population française. Et pour cause !  C’est en 1983 que les scientifiques de l’Ifremer découvrent une pollution concernant l’eau de la Gironde, au même moment où l’on cherchait à dépolluer le Rhin qui contenait de nombreux métaux lourds, dont le cadmium.

Le cadmium, c’est quoi au juste ?

Infographie c'est quoi le cadmium, au juste ? 
Le cadmium, c'est ça (image), un métal, présent à l'état naturel et qui est mou et malléable

Infographie du Centre Léon Bérard

Non, il ne s’agit pas d’un « petit caillou », d’aluminium, de zinc ou de plomb. Toutefois, assez similaire et ressemblant, c’est ce que l’on appelle le cadmium.

On ne le remarque pas comme ça, mais le cadmium est en réalité un métal mou et malléable, un peu comme de la pâte à modeler et reconnaissable à sa couleur blanc-bleuté.

Il fait partie de la grande famille des métaux de transition, qui compte 33 membres comme l’or ou l’argent. Mais contrairement à eux, le cadmium n’a jamais brillé dans les vitrines de bijouteries. Tout aussi rare que de l’or, mais drastiquement moins coûteux, il s’agit d’un métal que l’on retrouve en petite quantité dans l’écorce terrestre.

A l’état naturel, le cadmium peut provenir de la roche-mère et des processus d’érosion-sédimentaire (matériaux déplacés et transportés par des agents naturels tels que le vent, l’eau et la glace). A savoir, les concentrations en cadmium sont plus élevées dans les roches sédimentaires, car ce métal peut être facilement absorbé.  Ainsi, il est naturellement présent dans les roches à partir desquelles se forment les sols, à faible concentration

Pourquoi le cadmium pose-t-il problème ?

Infographie sur les sources d'exposition au cadmium 
FOCUS sur l'industrie avec : 
- les procédés industriels (métallurgie, composants électronique, pigments, décapage... mais aussi l'agriculture avec les engrais phosphatés et l'épandage des boues

Infographie du Centre Léon Bérard

Classé comme agent cancérogène avéré par le CIRC (groupe 1) depuis 1993, le cadmium doit son titre de scandale sanitaire en raison des activités humaines (ou anthropiques pour les plus avisés) qui amplifient sa présence.

Une chose est sure, face à sa carrière ratée dans la joaillerie, le cadmium a su se trouver une place dans un tout autre domaine : l’industrie, et au sens large !

L’agriculture et les engrais phosphatés… un coup de pouce un peu lourd 

Les engrais phosphatés, utilisés en agriculture, jouent un rôle majeur dans la fertilité des sols. Ils apportent du phosphore, un nutriment indispensable à la croissance des plantes. Ces engrais sont généralement fabriqués à partir de roches phosphatées naturelles, riches en phosphate de calcium contenant plus ou moins de cadmium. Lors du processus de transformation, ce métal n’est pas totalement éliminé et se retrouve dans les engrais phosphatés qui sont par la suite commercialisés. Lorsque ces fertilisants sont épandus (technique agricole consistant à répandre divers produits sur des zones cultivées), de petites quantités de cadmium sont également dispersée dans les sols.

Là où à l’état naturel, le cadmium représente 0.1 à 1 microgrammes par kilo, les concentrations de cadmium dans les sols provoqués par les activités humaines peuvent atteindre des valeurs supérieures à 150 microgrammes par kilo sur les sols pollués lié à l’épandage de boues contaminée.

L’INRAE estime que ces engrais représentent 60 à 75 % des apports de cadmium dans les sols agricoles. 

Inutile d’avoir le cerveau d’Einstein pour comprendre que leur utilisation répétée au fil des années peut entraîner une accumulation de cadmium dans les sols agricoles. Cette accumulation constitue une source de pollution continue contribuant ainsi à la contamination des récoltes alimentaires.

Exposition à la population générale : des sols jusqu’à nos assiettes

L’alimentation et l’eau des boissons constituent notre principale source d’exposition au cadmium par voie orale. Les activités anthropiques (humaines) augmentent la présence de cadmium notamment dans les sols, comme évoqué précédemment. Lorsque le cadmium remonte à la surface de la terre, les plantes et les racines de ces dernières absorbent « par erreur » le minerai, un peu comme lorsque vous nagez et que vous buvez soudainement la tasse. Une fois absorbé, le cadmium est transporté dans les différentes parties de la plante et se retrouve donc dans les parties consommées par les humains.

Sommes-nous impactés de la même manière

L’Anses confirme par les résultats d’une simulation, que l’alimentation « est de loin la source majeure d’exposition, représentant jusqu’à 98% de l’imprégnation au cadmium dans la population non fumeuse ».

Notre apport en cadmium varie selon les quantités et aliments consommés par les individus. Chaque aliment, que nous aimons ou pas, contient une concentration en cadmium qui varie. Certains de ces aliments sont particulièrement riches en cadmium mais sont peu consommés comme : les algues, les fruits de mer, les champignons ou les abats.

D’autres, à l’inverse, sont davantage consommés malgré leur faible apport en cadmium, ce qui revient à atteindre à une dose plus élevée que ce qui est toléré. Et généralement, c’est là que l’on retrouve nos aliments fétiches : les céréales (blé, pâte, pain…), les pommes de terre, le riz, mais aussi d’autres un peu moins aimés des enfants (ou des grands) comme les légumes ou les végétaux à feuillages verts (salade, choux, épinard…).

Mémos sur les aliments à faible et haute teneur en cadmium Fort : miel, céréales, pomme de terre, fruits, viandes issu des animaux d'élevage, chairs de différents poissons (merlu, truite, cabillaud) et certains légumes Bas : crustacés, mollusques bivalves, champignon, cacao en poudre, graine de tournesol, abats
Infographie du Centre Léon Bérard

Autres expositions aggravantes : entre tabac et collègue envahissant

Si le cadmium peut se retrouver dans notre organisme par le biais de l’alimentation, ce n’est cependant, pas sa seule porte d’entrée. Le cadmium se faufile également de manière subtile par inhalation (voies respiratoires) notamment en milieu professionnel mais également par des comportements plus à risque, comme la consommation de tabac.

Les expositions professionnelles (ECAC 5) : 

Logo ECAC5 (expositions environnementales)

Les expositions professionnelles au cadmium sont également liées à l’inhalation de fumée ou de poussières de cadmium issu des procédés industriels comme la métallurgie du zinc, la production de pigments, le décapage de peinture etc.

 

Le tabac (ECAC 5) : 

Logo ECAC5 (tabac)

On le sait, le tabac est le premier facteur de risque évitable de cancer. Avec pas moins de 4 000 substances chimiques, le cadmium fait partie des 70 agents cancérogènes présent dans la fumée de tabac. L’inhalation de fumée de cigarette est donc une source d’exposition supplémentaire au cadmium pour les consommateurs de tabac.  

💡 Environ 10 % du cadmium présent dans une cigarette est inhalé lorsque le tabac est fumé.

La meilleure des préventions contre une exposition de cadmium, est dans la mesure du possible, l’arrêt complet du tabac.  

Quels effets sur notre santé : lorsque le cadmium s’invite dans notre organisme

Beaucoup de personnes l’ignorent, mais le cadmium peut avoir un réel impact sur notre santé.

Ce métal lourd, non essentiel, peut induire des effets toxiques chez les plantes, les animaux et l’humain, même à de faibles concentrations. Le cadmium est considéré comme toxique pour l’homme car il exerce des effets néfastes sur notre corps. Il est notamment précurseur de divers cancers, et de dysfonctionnement rénal par sa concentration dans les reins et le foie.

On compte également des effets identifiés sur le neurodéveloppement et le système cardio-vasculaire ou encore une fragilité osseuse, augmentant ainsi le risque d’ostéoporose (diminution de la densité des os) et de fractures. Enfin, il altère également la fertilité féminine et masculine.

Infographie des effets du cadmium sur le corps humain. Schéma représentatif d'un être humain, à coté les atteintes : dysfonctionnement rénal, problème d'infertilité, problème cardiovasculaire, fragilité osseuse et incidence sur le neurodéveloppement Cancérogénicité du cadmium : Avéré : cancer du poumon Suspectés : hormonodépendant (sein et prostate) ainsi que vessie et pancréas
Infographie du Centre Léon Bérard

Mais arrêtons-nous quelques minutes sur son implication dans le développement de certains cancers. Reconnu comme agent cancérogène, le développement des cancers lui étant associés peuvent survenir par deux sources d’expositions : la voie orale (alimentation) et l’inhalation. 

Par inhalation

Concernant les expositions par inhalation, les cancers associés sont ceux de l’appareil respiratoire. Il y a notamment le cancer bronchique (poumon) provoqué par l’inhalation de poussières ou de fumées de cadmium, pris en charge notamment à titre de maladie professionnelle, car il s’adresse tout particulièrement aux travailleurs, et aux fumeurs. 

Par voie orale 

Au niveau des sources d’exposition par voie orale (alimentation), on retrouve l’apparition d’autres cancers tels que le cancer du pancréas ou de la vessie. Il existe également une possibilité que le cadmium soit à l’origine de cancer hormonodépendant comme le cancer de la prostate ou du sein.  

Toutefois, toutes les études ne montrent pas forcément le même niveau de risque. Par exemple, l’étude XENAIR menée par le Centre Léon Bérard n’a pas montré de lien entre l’exposition au cadmium et une augmentation du risque de cancer du sein. Tandis que certaines études épidémiologiques ont démontrées l’inverse. L’interprétation des résultats reste compliquée notamment lorsqu’il existe des coexpositions qui rendent les résultats de ces études non exploitables. 

A l’heure actuelle, seul le cancer du poumon par l’exposition au cadmium est considéré comme certain.

Comment limiter notre exposition ?

Comprendre le cadmium et nos sources d’exposition est une bonne chose. Néanmoins, une question se pose : comment limiter notre exposition à ce métal lourd que l’on retrouve en majorité dans notre alimentation ? 

« Invisible mais bien présent, le cadmium s’invite dans notre alimentation du quotidien. Pour réduire votre exposition, voici trois réflexes simples à adopter : variez vos sources de féculents en intégrant davantage de légumineuses, limitez les produits transformés à base de blé, sucrés comme salés et limiter sa consommation de fruits de mers ou d’abats qui contiennent des taux élevés de cadmium. Le label BIO n’est pas forcément épargné. Il est conseillé de varier au mieux son alimentation.»

LE NALLIO Nicolas

diététicien au Centre Léon Bérard

Une exposition préoccupante  

Selon l’Anses, près de la moitié de la population adulte (47.6%) dépasse les valeurs toxicologiques de référence.

En parallèle, l’étude ESTEBAN menée par Santé Publique France, en 2021 a permis de constater que : 

Jusqu’à 36% des jeunes enfants dépassent la dose journalière tolérable.

 dont plus d’un tiers des enfants de moins de 3 ans.

💡 Chez les enfants, la consommation de céréales au petit-déjeuner augmente l’imprégnation par le cadmium. 

FAQ sur le cadmium

  • Est-ce qu’il existe des indications quelque part du taux de cadmium sur les aliments ? Sur les paquets avec le nutriscore, des applis etc.

    Malheureusement non. Il n’existe à ce jour, aucun moyen de savoir la teneur en cadmium des aliments que nous achetons grâce à leur packaging. La meilleure solution est de varier son alimentation.

  • Est-ce que le chocolat est un aliment à haute teneur en cadmium ?

    En fonction des régions, la teneur en cadmium dans le chocolat peut varier (faisant référence aux concentrations différentes dans les sols).

    Les niveaux de cadmium présents dans les fèves de cacao provenant de plusieurs régions du globe ont des taux différents. L’Amérique latine présente des teneurs élevées en cadmium dans les fèves de cacao, avec des valeurs moyennes supérieures à celles observées en Afrique et en Asie.

  • Certains sols sont-ils plus contaminés que d’autres ?

    La réponse est oui ! Certains sols se retrouvent avec des concentrations plus importantes. Pour cela, vous pouvez consulter la carte de GisSOL sur les teneurs prédites en cadmium extractible des horizons de surfaces des sols en France.  

En bref : 

Invisible, discret, mais bien ancré dans notre environnement depuis des décennies, le cadmium illustre parfaitement ces polluants du quotidien auxquels nous sommes exposés sans toujours en avoir conscience et qui pourtant représente un véritable danger pour notre santé. Loin d’être un phénomène nouveau, sa présence s’est intensifiée avec les activités humaines au fil des années, allant progressivement des sols jusqu’à nos assiettes.

Face à ce constat, inutile de bouleverser radicalement ses habitudes notamment vis-à-vis de l’alimentation. L’enjeu n’est pas d’exclure des aliments mais d’apprendre à mieux composer et rééquilibrer son alimentation. Adopter une alimentation variée et réduire certaines sources d’exposition supplémentaire (dont le tabac) constituent des leviers simples, mais efficaces.

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Publié le 08 avril

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