Ce chiffre vous étonne ? Et pourtant, il ne sort pas du chapeau d’un magicien. Selon une étude du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) publiée en 2018, sur les 346 000 cas de cancers recensés en 2015 en France, environ 142 000 auraient pu être évités simplement en agissant sur nos habitudes de vie et sur notre environnement. Notre quotidien pèse plus lourd qu’on ne le croit.
L’exposome, késako ?
Le mot fait un peu peur, non ? Exposome… et pourtant, derrière ce terme un peu compliqué se cache un concept tout simple, initié en 2005 par Christopher P. Wild, épidémiologiste et chercheur britannique, qui met en évidence que tout ce qui nous entoure influence notre santé au fil du temps.
Infographie de Nathalie Ruaux
L’exposome, c’est l’ensemble de tout ce à quoi nous sommes exposés tout au long de notre vie, et ce dès notre conception ! Imaginez-le comme un sac invisible que vous trimbalez partout : à l’intérieur, on retrouve absolument tout, ce que vous mangez, respirez, touchez, les rayons du soleil, la pollution… tout ce qui constitue vos habitudes de vie et votre environnement au quotidien. Toutes ces expositions interagissent entre elles et notre patrimoine génétique pour influencer notre santé positivement ou négativement.
Breaking news : il n’est jamais trop tard pour agir !
Agir sur les facteurs de risque modifiables
Parler de cancers évitables, c’est un peu comme ouvrir la boîte de Pandore de nos petites (et grandes) habitudes quotidiennes. Bonne nouvelle : cette fois, on a la clé pour la refermer. Les chercheurs ont identifié 13 facteurs de risque dits « modifiables », autrement dit 13 leviers sur lesquels nous pouvons agir, de manière directe ou indirecte.
Avez-vous déjà entendu parler du « trio infernal » : le tabac, l’alcool et l’alimentation ? À eux trois, ils sont responsables d’une grande partie des cancers évitables. Pas mal pour des habitudes qu’on pense souvent « sous contrôle ». Le tabac, c’est le boss final avec environ 20 % des cas. L’alcool arrive juste derrière (8 %), suivi de l’alimentation déséquilibrée (5,4 %). Et si on ajoute à ces deux facteurs, le surpoids et l’obésité (5,4%) et le manque d’activité physique (0,9%), on s’aperçoit que tous les facteurs liés à la nutrition sont responsables de 20% des cancers évitables, autant que le tabac !
Mais ces facteurs comportementaux ne sont pas les seuls en cause. D’autres facteurs liés à nos modes de vie interviennent également comme :
Les expositions professionnelles
Les pollutions environnementales (particules fines, radon …)
Les rayonnements ultraviolets (soleil et cabines de bronzage)
Certaines infections (comme le papillomavirus humain, l’hépatite B et C…)
Des facteurs hormonaux (traitement de la ménopause)
Un allaitement inférieur à 6 mois
La bonne nouvelle, c’est que beaucoup de ces facteurs sont dits “modifiables” : il est possible d’agir dessus. En prenant conscience des risques et en adoptant progressivement de meilleurs comportements de santé, chacun peut contribuer à réduire son risque de cancer.
Le point du jour : une recommandation comportementale et environnementale
Exemple comportemental : l’alimentation
Exemple environnemental : l’exposition au soleil
Agir sur ces facteurs de risque, ce n’est pas se restreindre à l’excès, comme certains peuvent le penser. C’est simplement reprendre le contrôle sur sa santé. Des gestes simples et cohérents, répétés jour après jour, peuvent réellement contribuer à la prévention du cancer et ainsi éviter 40% des cancers.
Des perceptions très différenciées en fonction de nos habitudes de vie
Quand on parle des facteurs de risque, surtout ceux qu’on peut éviter, nos idées ne reposent pas toujours sur la science, mais plutôt sur nos modes de vie.
Par exemple, pour les deux principaux facteurs de risque de cancer, le tabac et l’alcool, la manière dont les Français les perçoivent dépend souvent de leur propre consommation et style de vie.
ZOOM sur la mini-FAQ des perceptions et de la santé :
Ça fait 20 ans que je fume, il est désormais trop tard pour moi d’arrêter.
Eh bien non ! Le tabac reste la première cause évitable de cancer, mais il n’est jamais trop tard pour s’en libérer. Même après des décennies, les bénéfices commencent à apparaître très rapidement et, après 15 à 20 ans, un ex-fumeur aura le même niveau d’espérance de vie qu’une personne non fumeuse.
Oui, mais d’un point de vue collectif, comme pour la pollution de l’air, nous ne pouvons rien faire de manière individuelle.
Faux, encore une fois ! Chaque geste compte. Si vous vivez près d’un axe routier très fréquenté, choisissez un itinéraire piéton plus calme : les différences de concentration en polluants entre une grande avenue et une petite ruelle sont énormes. Vous pouvez également diminuer votre empreinte carbone en optant pour des méthodes de mobilité douce : vous réduisez à la fois vos risques liés à la pollution mais également au manque d’activité physique. Deux en un ! Bingo.
Faire du sport, c’est bon seulement pour ceux qui veulent perdre du poids.
Toujours et encore faux ! L’activité physique ne sert pas qu’à “brûler des calories”. Elle agit comme une véritable arme de prévention contre le cancer. Elle permet de réduire, en moyenne, de 18% le risque de développer un cancer sur les 8 localisations attribuées au manque d’activité physique [1]. Il n’est pas nécessaire de courir un marathon pour en profiter : 30 minutes d’activité physique modérée par jour comme la marche rapide, le vélo ou le jardinage suffisent déjà à réduire significativement le risque de cancer.
On entend plein de personnes contredire certaines recommandations (ou en dire de nouvelles), on ne s’y retrouve plus entre le vrai et le faux...
Pas de panique ! Le repère fiable, c’est le nouveau Code européen contre le cancer, qui recense désormais 14 recommandations pour favoriser la prévention des cancers validées scientifiquement et pas par votre voisin du 4ème étage qui regarde la série Dr House.
En cas de doute, il est important de s’orienter vers un professionnel de santé qui vous donnera les bonnes informations à suivre, ou non.
Focus chiffres : et chez nos voisins européens ?
Infographie du Centre Léon Bérard
Pourquoi avons-nous des taux de cancers évitables différents ?
La part des cancers considérés comme évitables varie beaucoup d’un pays à l’autre. La raison est que nos modes de vie, nos habitudes et nos cultures sont différentes. Ce qui est jugé “normal” ou socialement accepté ici ne l’est pas forcément ailleurs et cela influence directement nos comportements à risque.
Les politiques de prévention jouent aussi un rôle clé ! Certains pays investissent énormément dans la sensibilisation et les campagnes d’information pour encourager des comportements plus sains (comme limiter le tabac, l’alcool ou l’alimentation déséquilibrée). D’autres, en revanche, misent moins sur la prévention, ce qui peut expliquer une plus grande part de cancers liés à ces facteurs de risque modifiables.
En bref :
Vous l’aurez compris au fil de cet article : prendre conscience de nos expositions et des facteurs de risque auxquels nous sommes confrontés constitue déjà une première étape essentielle de la prévention. Alors, dès aujourd’hui, identifiez les facteurs sur lesquels vous pouvez agir et mettez en place une routine saine pour leur dire, une bonne fois pour toutes : au revoir !
Ensemble, nous pouvons faire diminuer le nombre de cancers évitables.
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